J’ai déjà pas mal parlé des mots safe (ou Mots de Sécurité) – après tout, ils sont essentiels dans toute pratique BDSM. Mais que faire si vous avez un bâillon, ou si quelque chose vous empêche de parler normalement ? (Oui, oui, je sous-entends ce que vous pensez.)
C’est là que les mots safe non verbaux entrent en scène.
1. C’EST QUOI, UN MOT SAFE NO VERBAL ?
Aussi appelé signal safe ou signe safe, il s’utilise exactement comme sa version parlée. Il permet de signaler visuellement ou auditivement à votre ou vos partenaires qu’il y a un souci : ralentir, changer quelque chose, ou arrêter complètement la scène.
Bien sûr, certains utilisent toute une palette de signaux (« stop », « go », « plus fort », « plus doux », etc.). Mais si vous débutez, un simple signal pour dire « stop, on arrête tout » est largement suffisant.
Que vous portiez un bâillon, un masque, du scotch sur la bouche, une main qui vous couvre la parole, ou même qu’on vous ait simplement ordonné de faire silence – peu importe la situation – établissez vos signes AVANT de commencer quoi que ce soit.
Petit conseil en plus : N’attendez pas d’être en pleine scène pour tester vos signaux pour la première fois. Faites un essai à froid, calmement, pour voir si ça fonctionne bien pour vous deux.
2. COMMENT CHOISIR LE BON SIGNAL ?
Il y a de fortes chances que vous deviez tâtonner un peu. Par exemple :
- Vous essayez d’abord de tenir un objet, mais vous réalisez que vous n’arrivez pas à le garder en main très longtemps.
- Ensuite, vous tentez un grognement, mais c’est trop facile à confondre avec vos bruits de plaisir.
Parlez avec votre partenaire après chaque session. Demandez-lui ce qui a marché ou pas. Et n’oubliez pas l’avis du « top » (celui qui domine) : peut-être que le « bottom » (celui qui obéit) préfère cligner rapidement des yeux, mais que l’autre a du mal à maintenir un contact visuel dans certaines positions.
À savoir : Un bon signal, c’est un signal qui reste lisible même quand l’excitation est à son comble ou que vous êtes à moitié ailleurs. Testez-le dans des conditions un peu extrêmes avant d’en avoir vraiment besoin.
3. QUELQUES EXEMPLES CONCRETS
Voici plusieurs types de signaux que vous pouvez adapter selon votre situation et vos préférences.
🖐️ Tenir un objet puis le lâcher
Par exemple : un foulard, un bandana, une balle anti-stress, une petite peluche, etc.
Avantage : le signal est super clair – l’objet tombe, tout le monde voit.
Inconvénient : dans certaines positions acrobatiques ou au summum du plaisir, vous risquez de le faire tomber par accident… ou de ne plus réussir à le tenir du tout.
🔔 Utiliser un objet qui fait du bruit
Un klaxon de vélo, un clicker de dressage (pour chien), une petite clochette, un hochet, etc.
Avantage : le son est très distinct, impossible à confondre avec autre chose.
Inconvénient : vous pouvez déclencher un bruit par erreur en bougeant. Et dans une pièce calme, ça peut casser un peu l’ambiance – à vous de voir si ça vous dérange ou pas.
🙆♂️ Le langage corporel
Plein d’options possibles :
- Cligner des yeux rapidement et de façon répétée
- Serrer la main un certain nombre de fois (ex : 2 fois = ralentir, 3 fois = stop)
- Se retourner sur le côté
- Taper deux fois (comme au judo ou en lutte)
- Faire craquer ses doigts
- Serrer le poing
- Lever la main (paume vers l’avant, geste d’arrêt)
- Faire un doigt d’honneur (oui, ça marche très bien, et ça fait souvent rire – mais en pleine scène intense, c’est radical)
Attention : si vos mains sont attachées, certains mouvements deviennent impossibles. Prévoyez une alternative.
🗣️ Des motifs sonores (sans parole)
Grognements, hummings, ou un motif rythmé comme « mmm mmm mmm » (trois fois, par exemple).
Même avec la bouche occupée (bâillon, scotch, main), vous pouvez généralement produire ce genre de sons. L’important, c’est de choisir un motif qui ne ressemble pas à vos bruits de plaisir habituels. Un « mmmm » langoureux risque d’être mal interprété – préférez quelque chose de plus sec et distinct, comme « UHN UHN UHN ».
Astuce de pro : Combinez deux signaux. Par exemple, lâcher l’objet + grognement. Comme ça, si l’un des deux passe inaperçu, l’autre fait le job.
4. CE QU’IL FAUT ABSOLUMENT SAVOIR
Voici les règles d’or à ne jamais oublier :
- Les mots safe et les signaux, ça se prend au sérieux. Point. On ne plaisante pas avec ça. On ne les ignore pas « pour rigoler » pendant une scène.
- Ils peuvent évoluer. Ce qui fonctionne aujourd’hui peut ne plus vous convenir dans six mois. C’est normal. Mais quand vous changez un signal, soyez clairs : annoncez-le, montrez-le, testez-le ensemble.
- Chacun ses signaux. Juste parce qu’un copain utilise un clicker de dressage, ça ne veut pas dire que vous devez faire pareil. Et surtout : ne laissez personne vous dire que vos mots safe sont « nuls » ou « pas valables ». C’est votre sécurité, votre corps, votre plaisir. Vous faites comme vous voulez.
5. PETIT BONUS – QUELQUES IDÉES SUPPLÉMENTAIRES
Si vous voulez aller plus loin, voici d’autres signaux que j’ai vus passer dans la communauté :
- Un petit coup de pied (si la position le permet) – trois petits coups = stop.
- Une lampe torche ou la lumière du téléphone que vous allumez d’une certaine façon (clignotements). Pratique si vous jouez dans le noir ou avec un masque.
- Un sifflet accroché à votre poignet – un coup = ralentir, deux coups = stop.
- Un ruban ou une ficelle que vous tenez dans la main et que vous lâchez (plus facile à tenir qu’un petit objet).
- Cligner des yeux avec une lampe de poche braquée vers vous – c’est un classique dans l’interrogatoire ludique, mais attention à ne pas abîmer vos yeux.
L’important, c’est que votre signal soit : unique, facile à faire, facile à voir/entendre, et impossible à confondre avec autre chose.
En résumé : Que vous soyez bâillonné, masqué, attaché ou simplement en train de jouer un rôle qui vous interdit de parler, il existe toujours un moyen de dire « stop » ou « ralentis ». À vous de trouver celui qui vous ressemble, d’en parler avec votre partenaire, et de tester avant la vraie scène.
Et surtout : amusez-vous, mais en sécurité. ✨