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Folsom Street Fair : 27 règles à connaître avant d’y mettre les pieds

by Alix

On croit savoir à quoi s’attendre. C’est précisément là que le bât blesse. Voici ce que les habitués répètent chaque année aux nouveaux venus, et que personne ne prend la peine d’écrire noir sur blanc.

La première surprise n’est pas celle qu’on imagine. C’est une odeur : cuir chauffé au soleil, crème solaire, bière tiède, frites, un fond de transpiration. Il est dix heures du matin et Folsom Street ressemble encore à une rue ordinaire de San Francisco. Des barrières qu’on décharge, un camion qui cherche une place, deux types en harnais qui boivent un café sur le trottoir comme s’ils attendaient le bus.

Deux heures plus tard, le même trottoir est noir de monde. Des files d’attente pour des toilettes portables, un stand de badges, une scène qui gueule de la house, et cette lumière de fin septembre qui tape dur sur les casquettes. Quelque part entre les deux, il y a vous, avec votre sac trop lourd et vos chaussures pas si confortables que ça.

Cet article s’adresse à ceux qui viennent pour la première fois. Pas pour vous faire la morale, ni pour vous vendre une tenue. Simplement pour éviter les petites erreurs qui gâchent une journée, et les grosses qui gâchent celle des autres.

Folsom, en trois paragraphes

Tout commence en 1984, dans le South of Market, quand la communauté cuir de San Francisco organise une foire de rue pour se retrouver au grand jour et lever des fonds. Quarante ans plus tard, c’est devenu l’un des plus gros rassemblements queer et kink de la planète, avec des centaines de milliers de visiteurs sur une seule journée.

Deux choses à garder en tête avant la suite. La première : la Folsom n’est pas une boîte de nuit à ciel ouvert. C’est une rue réelle, avec des habitants, des commerces, des barrières et un permis municipal. La seconde : le mot « kink » y est entendu très largement. Vous croiserez des cuirs de la vieille école, des drags, des fétichistes du latex, des gens en jean et t-shirt qui sont juste venus boire un verre avec des amis, et beaucoup de curieux comme vous.

La petite sœur de l’événement, Up Your Alley (tout le monde dit Dore Alley), se tient en juillet et reste plus petite, plus locale, plus poivrée. Si la Folsom vous intimide, c’est un bon échauffement.

Les 27 règles

Règles 1 à 3 — L’état d’esprit

  1. Venez avec un esprit ouvert. À un moment ou à un autre, vous tomberez sur quelque chose qui vous échappe : une laisse, une cage, un type suspendu à des crochets, une nonne en habits qui distribue des préservatifs. Vous n’êtes là ni pour juger ni pour applaudir. Regardez, apprenez, avancez. C’est rare, un endroit où on peut observer sans rien consommer. Ne le gâchez pas.
  2. Faites-vous dépister. Si vous comptez faire autre chose que marcher et regarder — et vous comprendrez vite de quoi je parle —, un test avant et un test après, c’est la base. C’est rapide, souvent gratuit, et ça évite de troquer une bonne journée contre une mauvaise nouvelle trois semaines plus tard. Les préservatifs sont distribués un peu partout sur le site. Servez-vous, même si vous croyez que ce ne sera pas nécessaire.
  3. Attendez-vous à être surpris. Même les habitués se font avoir. Une installation plus étrange que l’an dernier, une foule plus dense, un stand qui n’aurait jamais dû obtenir son permis. Le pire réflexe, c’est la tête de quelqu’un qui vient de voir quelque chose d’inattendu et qui le montre trop. Restez calme. Vous êtes dans leur rue, pas dans un documentaire.

Règles 4 à 10 — Le corps et le portefeuille

  1. Protégez-vous du soleil. Le brouillard de San Francisco est un menteur professionnel. À onze heures, on grelotte dans un sweat. À quatorze, on cuit. Prenez de la crème, un chapeau, et de l’eau. Beaucoup d’eau. Si vous avez un parasol, personne ne vous jugera : la moitié des gens autour de vous en cherche un.
  1. Ne prenez pas trop de choses. Un sac de trois kilos à dix heures en pèse huit à seize heures, et vous le sentirez dans l’épaule avant la fin de l’après-midi. Portefeuille, téléphone, crème, gourde, éventuellement une petite serviette. Le reste, c’est du poids mort et une occasion de plus de le perdre dans la foule.
  2. Prenez du liquide. Chaque année, il y a quelqu’un devant un stand de t-shirts à quinze dollars, une carte bancaire à la main et un sourire gêné. Tous les vendeurs ne sont pas équipés, et les distributeurs du quartier affichent des files de vingt minutes. Sortez trente à cinquante dollars en petites coupures avant d’arriver. Vous ne les ramènerez pas tous à la maison, et c’est très bien comme ça.
  3. Donnez ce que vous pouvez. L’entrée est libre. Ça ne veut pas dire qu’elle ne coûte rien à personne. Derrière la foire, il y a une structure à but non lucratif, et quand les comptes sont bouclés, l’argent repart chez des assos locales : santé communautaire, prévention, accueil d’urgence. Il y a un don suggéré, il n’est pas énorme, payez-le. Et si vous pouvez donner davantage, donnez davantage. C’est grâce à ceux qui mettent un peu plus que la Caisse reste ouverte pour ceux qui n’ont rien.
  4. Prévoyez la journée entière. Le milieu d’après-midi, c’est le pic : chaleur, foule, files partout. Le début de soirée, c’est autre chose. Les stands ferment, la lumière tombe, et la rue se transforme en piste de danse géante. Beaucoup de gens repartent trop tôt et ratent le meilleur moment. Prévoyez de quoi tenir jusqu’à la nuit, et une solution pour rentrer.
  5. Ne surplanifiez pas. Vous pouvez avoir deux ou trois choses que vous ne voulez pas rater : une performance à telle heure, un stand précis, un rendez-vous avec des amis. Au-delà, laissez tomber le programme. La foule, les rencontres et les détours feront le reste. Les gens qui arrivent avec un planning à la minute finissent toujours par s’énerver contre une file d’attente qui n’a rien demandé.
  6. Ne vous bourrez pas la gueule. C’est la règle que personne n’écoute et celle qui cause le plus de dégâts. La chaleur, le bruit, la densité de la foule et l’excitation générale montent plus vite qu’un verre de bière. La plupart des habitués picolent peu ou pas, et s’amusent très bien. Si vous avez besoin d’alcool pour tenir une journée dans une foule, la journée va être longue.

Règles 11 à 19 — Les autres, c’est-à-dire le vrai sujet

  1. N’emmenez pas d’enfants. Ce n’est pas une fête familiale, et ce n’est pas non plus un parc d’attractions pour adultes curieux. Certains espaces et certains stands sont strictement réservés aux adultes, et le reste n’est pas franchement adapté à un môme de huit ans. Une baby-sitter, c’est un budget, mais c’est le prix d’une journée tranquille.
  2. N’emmenez pas d’animaux. À part les humains en laisse, évidemment. Les chiens, les perroquets et les iguanes restent à la maison : la foule, le bruit et le bitume chaud ne sont pas un cadre sympa pour eux, et la sécurité refusera de toute façon.
  3. Demandez de l’aide. Il y a des bénévoles en gilet orange, des gens du staff, et souvent les Sisters of Perpetual Indulgence, faciles à repérer avec leurs cornettes. Ils connaissent les toilettes, les points d’eau, les sorties de secours et le chemin le plus court vers un distributeur. Ils sont là pour ça, et ils préfèrent largement une question polie à un type qui urine derrière une barrière.
  4. Ne venez pas parler de Cinquante Nuances. Sérieusement. La communauté cuir existe, s’organise et se protège depuis bien avant qu’un roman écrit à la va-vite ne fasse découvrir le mot « chambre rouge » au grand public. Comparer la Folsom à ce bouquin, c’est le meilleur moyen de passer pour un touriste et de vexer la moitié des gens autour de vous. Si vous voulez comprendre, écoutez. Sinon, taisez-vous.
  5. Ne dérangez pas les performeurs. Ils travaillent. Attendez la fin du numéro, et même après, demandez poliment si c’est le bon moment pour une question ou une photo. Eux aussi ont chaud, sont fatigués, et n’ont pas forcément envie de devenir votre guide touristique. Un « c’était impressionnant, merci » fait toujours plaisir. Une main sur l’épaule en pleine démonstration, beaucoup moins.
  6. Ne touchez rien sans demander. Rien. Ni le harnais, ni le collier, ni le sac, ni la laisse, ni la personne au bout de la laisse. Une tenue reste une tenue, ce n’est pas une invitation. Ici, le consentement n’est pas une option ni une formule de politesse. C’est lui qui tient debout tout le reste. Et un « non » reste un non, qu’importe le nombre de vêtements en moins, qu’importe le sourire, qu’importe le fait que la personne soit venue pour ça.
  1. Demandez avant chaque photo. Chaque fois. Pas de téléphone sorti en douce, pas de zoom discret sur une nuque, pas de photo « de dos, on ne voit pas son visage ». Demandez, attendez la réponse, remerciez si c’est oui, et rangez si c’est non. Et ne publiez rien sans accord explicite : certaines personnes ont un boulot, une famille, ou juste envie qu’on leur fiche la paix.
  1. Ne soyez pas un connard. Les regards appuyés, les gloussements, les commentaires entre potes, les vidéos « pour rigoler », les selfies pris en plongée sur quelqu’un qui ne regarde pas : tout ça se remarque. Et la Folsom n’est pas un endroit où l’on se contente de hausser les épaules. Les gens sont chez eux, ils sont nombreux, et ils ont l’habitude. Si vous insistez, la sécurité s’en occupe, et vous ne passerez pas une bonne fin de journée.
  2. Parlez aux gens. C’est peut-être la meilleure chose à faire de la journée, et personne ne le dit jamais. La Folsom est une des foires les plus amicales que je connaisse. Un compliment sincère sur un harnais, une question sur une broche, un « c’est votre premier ? » suffisent à lancer une conversation. Ne confondez pas avec du racolage : l’idée n’est pas de repartir avec quelqu’un, c’est de passer vingt minutes à parler avec un inconnu qui a un parcours très différent du vôtre.

Règles 20 à 24 — Survivre à la foule

  1. Portez des chaussures dans lesquelles vous pouvez marcher huit heures. Vous verrez des talons de dix centimètres, et vous verrez aussi, à dix-huit heures, les mêmes personnes pieds nus sur le bitume avec des ampoules. Les habitués qui tiennent à leurs bottes ont tous une paire de baskets dans un sac. Faites pareil. Le sol est chaud, dur, et couvert de choses que vous ne voulez pas identifier.
  1. Attendez-vous à la foule. Des centaines de milliers de personnes sur quelques pâtés de maisons. On avance par petits pas. On perd ses amis. On met vingt minutes à faire cinquante mètres. C’est le jeu. Ne poussez pas, ne vous énervez pas, et donnez rendez-vous à un endroit précis et visible plutôt que de compter sur le réseau mobile, qui sature vers midi.
  2. Emportez un chiffon. Un bandana, une serviette de poche, un t-shirt de rechange : peu importe, mais quelque chose pour vous essuyer le visage. Vous allez transpirer plus que prévu, et il n’y a rien de pire que d’arriver le soir dans un état de compote. Les gens qui ont l’air encore frais à vingt heures ne sont pas plus résistants que vous. Ils sont juste mieux préparés.
  3. Arrivez tôt, et oubliez la voiture. Oubliez-la vraiment. Le quartier est bouclé, les parkings sont pleins à dix heures et les rues adjacentes deviennent un enfer à quinze. BART, Muni, marche, vélo : tout est plus simple. Si vous venez de loin, arrivez la veille, dormez à proximité et soyez sur place à l’ouverture, quand la rue est encore respirable et que les stands sont frais.
  4. N’arrivez pas nu. Dans l’enceinte de la foire, on peut être à poil : c’est prévu et encadré par le permis délivré pour l’événement. Une fois passé les barrières, vous retrouvez une rue comme les autres, avec ses commerçants, ses familles, ses flics, et la permission ne suit pas jusque-là. Prévoyez donc de quoi vous couvrir à l’arrivée et au retour, et n’essayez de rouler des mécaniques ni avec les agents en poste ni avec les voisins de palier.

Règles 25 à 27 — La nuit et le lendemain

  1. Ne zappez pas les before et after. La Folsom, c’est une journée dans la rue et une nuit dans les bars et les clubs du quartier. Les after-parties ont leurs propres codes, leurs propres videurs et souvent leur propre sélection à l’entrée : renseignez-vous avant, achetez vos places en avance pour les grosses soirées, et ne débarquez pas en pensant que votre bracelet de la foire vous ouvre toutes les portes.
  1. Essayez quelque chose de nouveau. Vous n’êtes pas obligé de vous retrouver suspendu à un portique. Mais goûtez un truc : un stand d’initiation, un atelier, un spectacle que vous n’auriez jamais payé ailleurs, une conversation avec quelqu’un dont vous ne partagez aucun code. C’est exactement ce pour quoi l’événement existe, et ça se fait dans un cadre plutôt bienveillant. Le pire qui puisse arriver, c’est de ne pas aimer et de repartir.
  2. Sortez de la rue. San Francisco ne se résume pas à quatre pâtés de maisons. Prenez un jour ou deux de plus, marchez jusqu’à la baie, allez manger ailleurs, montez sur une colline, laissez vos jambes récupérer. La plupart des gens qui repartent déçus n’ont vu que la foire et un hall d’hôtel. C’est dommage, parce que la ville autour est une des plus belles du pays.

Cinq questions qu’on entend chaque année

« Faut-il être nu ou en cuir pour entrer ? » Non. Personne ne vous contrôlera à l’entrée. Le jean et le t-shirt sont majoritaires, surtout le matin. Certains participants sont très habillés, d’autres pas du tout, et l’ensemble tient parce que chacun fait ce qu’il veut sans embêter les autres.

« C’est payant ? » L’entrée est libre, avec un don suggéré d’une dizaine de dollars. La nourriture, les boissons et les stands, eux, sont payants, et les prix sont ceux d’un festival. Prévoyez plus que ce que vous pensez.

« Je peux venir seul ? » Oui, et c’est même une bonne façon de visiter. On finit toujours par parler à quelqu’un. En revanche, prévenez un proche de votre présence et de votre heure de retour, surtout si vous comptez enchaîner sur une soirée.

« Et si je ne suis pas du tout du milieu ? » Vous êtes le public le plus courant. Restez curieux, ne touchez pas, ne photographiez pas, ne jugez pas, et la journée se passera très bien. Personne ne vous demandera votre carte de membre.

« Que faire si quelqu’un dépasse les bornes ? » Vous avez le droit de dire non, fort et clair, et de vous éloigner. Ensuite, signalez-le à un bénévole en gilet orange ou au staff sécurité : ils sont formés pour ça, et ils interviennent vite. Si c’est vous qui avez dépassé les bornes, vous serez raccompagné à la sortie, et vous n’aurez pas à revenir l’année suivante.

En un mot

La Folsom n’est pas un zoo. Vous n’êtes pas venu voir des animaux derrière une vitre, et les gens qui sont là ne sont pas une attraction. Vous êtes dans la salle, et la salle, c’est la rue.

C’est ce qui rend l’expérience géniale quand on la joue correctement : on y va avec sa curiosité, on regarde beaucoup, on parle un peu, on ne touche rien, on ne photographie personne sans demander, et on repart avec des images plein la tête et des ampoules plein les pieds. Le reste, c’est du marketing.

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